Compte rendu d’Embrun par Manu

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Mercredi 15 août 2012, le jour tant attendu est enfin arrivé.

Réveil à 4 heures, entrée dans le parc à vélo à 4h45 avec la caisse pleine à craquer, elle craque d’ailleurs juste avant d’arriver.  Il y a un monde fou dans le parc et hors du parc, je parle avec mes voisines inquiètes, on s’encourage pour cette journée un peu spéciale. Toutes les filles sont placées dans la même allée, une cinquantaine seulement pour 1000 gars. On est  juste à côté des 10 garçons pro, ils n’ont pas tous l’air très sereins… j’hésite à aller les rassurer.

Benoit, notre arbitre préféré, est là, c’est sympa de l’avoir à côté. Bernard, toujours serein, vient me voir aussi tout en finissant tranquillement sa première banane.

Puis le speaker annonce le prochain départ, il faut quitter sa chaise tellement confortable. Départ 10 minutes avant pour les filles, un avantage indéniable. Il fait encore nuit, les quelques minutes face à l’eau noire resteront le moment le plus émouvant de cette journée, je n’entends même pas ce que le speaker dit, il est pourtant juste devant moi avec son micro. C’est juste une rumeur ambiante mêlée aux encouragements des spectateurs. Je repense à toute cette année de préparation très spéciale.

Le coup de pistolet me sort de ma torpeur, c’est parti pour 3800 m de natation en 2 boucles. Il fait nuit, je ne vois rien. Au bout de quelques mètres complètement perdue, je trouve enfin des pieds pour me repérer, on fera le parcours ensemble avec ces pieds-là. Très rapidement, dans ce petit groupe, chacune essaie de prendre les pieds de l’autre, je me dis qu’à ce petit jeu-là, ça ne va pas marcher. Je décide de me mettre devant, on fera ensuite tout le parcours ensemble. Se repérer est difficile, on ne voit pas les bouées, le canoë clignotant est loin, il doit y avoir des filles devant. La natation se passe bien, je suis bien, et pourtant c’est la partie que j’avais le plus négligé dans la préparation. Toujours pas de fille pour prendre le relais devant malgré quelques tentatives de ma part, je continue. La sortie arrive, je mets un point d’honneur à sortir en tête de ce petit groupe, j’avais fait tout le travail, faut pas exagérer ! Au final, je sors troisième de l’eau, il n’y avait finalement que 2 filles devant.

Première transition, je prends mon temps pour me sécher et enfiler ma tenue de vélo. De toute façon la journée va être longue, le meilleur restait à venir. Finalement je me décide à  partir pour 188 km de vélo avec je ne sais pas combien de mètres de dénivelé, en tout cas beaucoup. Caro et Nath sont là derrière les grilles du parc à vélo pour m’encourager, elles sont déjà  à fond malgré l’heure matinale. Ma stratégie est simple : gérer l’effort, boire , manger régulièrement. La météo s’annonce chaude, je crains un peu. Dans les premiers mètres du vélo, je me fais doubler par un cycliste avec son maillot Marcel Zamora (le futur vainqueur), j’hésite à prendre sa roue, ce ne serait pas très raisonnable. Aujourd’hui, je ne vais pas être joueuse. Les 40 premiers kilomètres empruntent le parcours du CD, je connais bien, j’ai fait les 2 précédentes éditions. Pour se mettre en jambes, on monte d’entrée 8 km, facile, j’attends la descente sur le lac de Serre-Ponçon, splendide. Puis direction Guillestre, par la route des balcons de la Durance, route symbolique pour moi car c’est sur cette route que j’ai fait mes premiers pas en vélo il y a trois ans. C’était la seule route du coin que je pouvais faire, la seule qui ne montait pas trop!  Puis on s’enfile dans la longue approche des gorges du Guil direction le col d’Izoard. J’ai mes repères, toutes ces routes sont mes terres d’entraînement quand je viens en vacances ici. La montée du col d’Izoard se fait facilement, je suis bien, je profite de chaque ravitaillement, il commence à faire chaud, je m’asperge la tête régulièrement, je mange , je bois sans arrêt. J’arrive au col d’Izoard tranquillement, je n’ai jamais vu autant de monde ici, les supporters sont déguisés, bruyants et chaleureux. Les bénévoles sont attentifs et nous demandent comment nous allons. Ils nous donnent notre sac de ravitaillement laissé le matin à l’organisation. J’aperçois la voiture de secours déjà occupée. Après mon pique-nique, j’attaque la descente sur Briançon, prudemment car je repense à ma chute du mois d’avril. A la sortie de Briançon, les choses sérieuses commencent. Il reste 80 km, je me dis que c’est juste une petite sortie du week-end, mais ça ne rend pas les choses plus faciles. Il fait une chaleur terrible, un vent de face que je qualifierais de violent, des bosses en veux-tu en voilà. Je repense au triathlon de Nailloux du mois de juillet, mais cette fois-ci je n’ai pas Christian pour m’ouvrir la route. Nous sommes quelques-uns à nous suivre  en file indienne, personne ne desserre les dents, on s’arrête à toutes les fontaines des villages traversés pour tremper la tête, voire plus pour certains. Les bidons donnés au ravitaillement transforment rapidement l’eau en thé. J’appréhende l’arrivée à Freyssinières, car je sais que derrière la côte de Pallon va faire mal, très mal. Elle arrive. Il s’agit donc de gravir une côte de 2km toute droite, avec un pourcentage hors du commun. Une fois en haut, je me demande comment va se passer la dernière difficulté, le col de Chalvet, 40 km plus loin. N’y pensons pas. J’aperçois au loin mon village, ça me donne du courage pour continuer. L’arrivée à Embrun se passe bien, il ne reste plus que 15 km mais ce ne sont pas les plus faciles. A la sortie d’Embrun, direction le col de Chalvet, des supporters bien intentionnés ont mis sur le panneau une serviette pour cacher le nombre de kilomètres d’ascension. A ce moment-là, un doute me traverse l’esprit, est-ce que je vais pouvoir courir 42 km après tout ça ? La montée du col est laborieuse, les habitants ont tous sorti leur tuyau d’arrosage,  et nous aspergent tout du long, j’en redemande. Arrivée en haut, je reste plus d’un quart d’heure au ravitaillement, c’est l’hécatombe, des coureurs sont allongés sur le bas-côté. Les bénévoles de ce poste ont dû être recrutés sur leur gentillesse et leur disponibilité ! A ce stade du parcours vélo, c’est fini, il ne reste plus que la descente sur Embrun pour retrouver ma chaise du parc à vélo laissée  9h plus tôt. Je m’installe confortablement, Benoit est toujours là, il appelle 2 masseurs qui s’occupent de mes jambes. C’est bon, mais il faut y aller. Je me change complètement, j’enfile ma tenue de course à pied.

C’est parti pour deux boucles de 21 km et pas que du plat ni de l’ombre. Il fait une chaleur à crever. Mon objectif est simple, c’est toujours le même, gérer, boire et manger. Je pars dans l’inconnu, je n’ai pas pu faire une préparation course à pied comme je le souhaitais. Je ne sais pas si ça va passer. La bande de supporters est là au départ sur la digue, ils sont tatoués   « allez Manue » «  allez Bernard ». Ils ont un tutu, font la holà, chantent , ce sont les supporters les plus impressionnants de tout le parcours. Je vais de poste d’éponge en poste d’éponge, je ferai une bonne partie du parcours avec une éponge coincée sur la nuque. La première boucle est facile, Christophe m’accompagne et m’encourage, ça m’aide bien. Bizarrement, je suis très à l’aise, je marche dans les côtes, je garde le rythme et  profite de chaque ravitaillement. Je commence la seconde boucle, le soleil disparait, ouf, la température diminue. Je suis toujours bien. Je trouve des partenaires, on échange pour passer le temps. Autour de nous, ce n’est pas très réjouissant, vomi et malaise dans les fossés. Je comprends alors que j’irai au bout. Quand j’arrive sur la digue, je me surprends à accélérer pour les 4 derniers kilomètres, c’est le bonheur. Le passage de la ligne est émouvant, je savoure en marchant. C’est fait !

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